L’ADULTISME

L’adultisme et autres comportements discriminants envers l’Enfant

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Photo ©Jill Greenberg

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L’adultisme kesako ? Ce nom barbare ne vous dit certainement pas grand-chose, pourtant, comme d’autres grands noms en –isme il a sa place au sein des  grandes discriminations. Nous sommes dans une société régie par des dogmes bien souvent profondément ancrés mais qui pourtant devraient pouvoir évoluer avec elle. L’enfant dans notre société actuelle est vu comme un petit individu qui devrait pour être bien vu : obéir, être sage, dire bonjour et être heureux tout le temps. Or, ces concepts sont tout le contraire de ce que devrait être la vie d’un enfant surtout si, comme c’est bien souvent le cas on le brime dans l’acquisition de ses compétences.
La question que l’on va se poser ici c’est pourquoi nous agissons de cette manière avec les enfants ? Pourquoi les poussons-nous à finir une assiette alors que nous même nous ne forcerions pas ? Alors que nous n’imposerions jamais à une autre personne de le faire ? Pourquoi lorsqu’un enfant a peur nous la banalisons, lui disons de prendre sur lui alors que nous ferions preuve d’empathie pour un adulte ? Pourquoi l’empêchons-nous autant de bouger, de tester, de découvrir le monde par lui-même ? Je l’avoue honnêtement je n’ai pas la réponse à cette question. Le monde d’aujourd’hui est devenu un théâtre de dangers mais et surtout : de peur, d’angoisses. Sans doute dû à la façon dont notre génération et celles d’avant ont été maternées, sans doute à la façon dont on s’est mis à nous accueillir dans le monde : la première goulée d’air à peine avalée et des gestes inutiles et traumatisants prodigués. Le petit homme est devenu un adulte en devenir qui devait bien se tenir, ravaler les émotions négatives et être constamment bercé avec la phrase la plus difficile à digérer « ça va aller ». Que cela vous rassure rares sont  ceux qui n’ont pas suivi ce modèle imposé par une société d’après-guerre qui n’a pas vraiment évolué. A l’époque où l’important était de relancer le pays les enfants étaient de « trop ». Les mères devaient retourner travailler, les pères continuer et les nounous, lits à barreaux, biberons (bref le maternage distal) ont fleuris. L’enfant quant à lui devait être déjà un bon petit soldat prêt à repartir en Guerre à tout moment et travailleur pour relancer son pays, pour les autres. Evidemment il a bien fallu s’habituer au monde d’hier. Il a bien fallu tout reconstruire.
Mais aujourd’hui ? Ne sommes-nous pas devenu le pire pays qui soit en terme de reconnaissance de l’individu à part entière et surtout des enfants ? Le monde bouge, avance, tourne et la France reste figée dans ses acquis, bien trop heureuse de continuer à standardiser des petits travailleurs bien obéissants (Cf la teneur indigeste et inadaptée du programme de l’Education Nationale entre autre). Aujourd’hui on ne tient plus compte de l’individu en tant que tel. Il n’y qu’à regarder autour de nous, rares sont ceux qui n’ont pas une ou deux névroses dans leurs tiroirs. Et pour cause, lorsqu’on notre cerveau se construit, lorsque nos capacités se montrent nous sommes constamment réfrénés dans nos élans. L’enfant est une personne à part entière, il possède ses propres émotions, ses propres ressentis. Il n’agit jamais contre les adultes, jamais dans le but de nuire, il s’exprime brut dans ses émotions pour tenter de faire passer un message.
Faisons le point un instant, imaginons que vous êtes là tranquillement en train de faire votre travail, prêt à faire une découverte et que votre patron débarque et vous dise alors « Non. Tu n’es pas capable de toute façon tu n’y arriverais pas ». Votre façon de faire ne va-t-elle pas en prendre un coup ? C’est ce que nous faisons chaque jour lorsque nous empêchons nos enfants d’aller quelque part, de prendre des choses, d’expérimenter de nouvelles choses.
Autre exemple, imaginons que vous être à table tranquillement et qu’un inconnu débarque et vous pince les joues, vous touche de partout en vous disant « Mais qu’il est mignon ce grand dadet ! ». Quelle inconsidération. Toucher un enfant, le forcer à faire la bise, à un contact n’est pas normal. Et c’est en plus forcer son intimité d’une façon très oppressante pour lui. Parler d’un enfant à la troisième personne, parler de soi à la troisième personne devant un enfant n’est pas quelque chose que l’on ferait à un adulte. Le presser, le laisser devant la télé, tablette … Sans stimuler son imagination sont ce que l’on appelle des Violences Educatives Ordinaires que vous connaissez sous le nom de VEO et elles sont une forme d’adultisme.

En voici une liste :

– Violences physiques (fessée, gifle, pousser, tenir le bras, laisser pleurer, forcer à manger, boire, empêcher de manger, boire, uriner, déféquer, faire des soins sans prévenir, habiller de force…)
– Violences psychologiques (Menacer, faire du chantage, humilier, isolement temporaire, se moquer, faire des appréciations (bon point, images…), être indifférent, confisquer doudou/tétine , mentir, cacher des choses, ne pas écouter l’enfant, ne pas respecter sa volonté, le critiquer, lui faire des promesses, coller des étiquettes…)
– Violences culturelles ( décalottage, percer les oreilles, imposer les visions des choses, les croyances….)

Malheureusement nous en voyons très souvent et parfois nous l’employons même sans penser à mal : « Si tu ne finis pas ton assiette, tu n’auras pas de dessert ». / « Tu n’es pas belle quand tu fais la tête » …

C’est la société et des décennies d’éducation rigide qui font qu’aujourd’hui nous sommes de moins en moins capables de nous adresser correctement à un enfant. Ainsi qu’aux adultes. Aussi.
Tout ceci n’a pour but qu’une seule chose : ouvrir la réflexion, aller plus loin que ce que l’on est formaté à apprendre, faire le chemin d’évolution que notre société n’a pas encore mais que d’autres ont adopté depuis très longtemps.

L’enfant est une personne. Une personne à part entière capable de discernement, de choix éclairés et d’apprentissage. Notre devoir de parent est de l’accompagnement dans cet apprentissage et de le laisser évoluer pour en faire un adulte serein, épanoui et plein de confiance en lui.

 

Illustrations de la talentueuse Fanny Vella

Quelques pistes pour mieux nous aider au quotidien à ne pas faire preuve d’adultisme.

– Changer sa manière de penser
Les règles, les interdictions sont autant de manières de brimer un enfant. Déjà pour nous, penser positif et reformuler nos phrases sont essentielles. Les limites existent mais la façon de les formuler fait toute la différence. Plutôt que de dire : « Ne marche pas ici ». Il vaut mieux dire « Je préfère que tu marches à côté ». Nous apprenons déjà tellement à parler négatif dans notre vie quotidienne qu’il est essentiel pour notre bien-être d’apprendre à voir le verre à moitié plein.
L’enfant est une personne à part entière pour s’adresser à lui on lui parle directement, comme on le ferait pour un adulte.

– Ne pas prendre personnellement
Quoiqu’on pense sur le moment, l’enfant est un être d’amour. Il ne fait pas les choses dans le but de nuire ou de blesser. Il exprime une émotion, recherche une réaction, se permet bien souvent d’être entier et totalement lui-même avec les personnes avec qui il se sent en confiance et serein (bien souvent ses figures d’attachement). Il ne fait pas quelque chose contre son parent, il vit quelque chose.

– Communiquer
Des moments de faiblesse, tout le monde en a c’est humain lorsqu’on perd patience avec son enfant, l’idée est de lui exprimer clairement son ressenti : « Tu comprends j’étais en colère, je ne suis pas arrivé à réagir autrement ». L’enfant n’est pas un être insensible, il comprend d’ailleurs bien mieux que beaucoup d’adultes déjà bien abimés par cette éducation nefaste.

– Accompagner ses émotions
Toutes les émotions sont positives. Même la colère, même la peur. Elles sont nécessaires, positives et vitales. Si aujourd’hui bien des gens vivent mal les choses c’est qu’on leur a trop souvent appris à refouler leur colère ou leur peine. Si l’on est capable de se réjouir pour le bonheur de quelqu’un et accompagner, fêter cette joie, on doit être capable d’être en colère avec lui, d’être triste avec lui. Sans chercher à solutionner le problème : « Ca va aller ». Je ne connais pas quelqu’un au monde qui apprécie cette phrase. On minimise le problème.

– Ecouter
Ecouter vraiment. Sans chercher de solutions, sans apporter son point de vue, son expérience, juste écouter.

– Laisser de l’autonomie
Laisser son enfant découvrir par lui-même, chuter parfois. Bien sûr les dangers existent, évidement qu’il faut être prudent. Mais l’idée n’est pas de parquer les enfants plutôt d’aménager l’espace et le quotidien pour lui permettre d’évoluer en toute sécurité.

– Ne jamais oublier
Que l’enfant est capable / Qu’il n’est pas capricieux / Qu’il a le droit de s’exprimer et de dire NON / Qu’il a besoin d’être considéré et entendu / Qu’il a besoin de bouger, vivre, s’amuser, se salir.

One thought on “L’ADULTISME

  1. Pingback: docteurdoudou

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